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Insoo JEOUNG-HEMEZ
Artiste plasticienne

 

« Une œuvre d’art devrait toujours nous apprendre que nous n’avions pas vu ce que nous voyons. »
Paul Valery.

Depuis une dizaine d’années, je développe mon œuvre autour d’une réflexion sur le corps, sa surface la peau, son intérieur et la fragilité de la vie. Mon travail a pour objectif de révéler cet univers inconnu ou tout au moins de le montrer sous une forme nouvelle, de créer une émotion et ainsi de susciter une réflexion sur la disparition progressive de l’identité corporelle face au développement des standards de beauté au cœur de nos sociétés contemporaines. Cette mise en perspective renouvelée du corps humain est aussi réalisée grâce à l’utilisation de matériaux bruts, fragiles et parfois originaux comme le papier de soie ou encore le ruban adhésif. Grâce à ces matériaux changeants je tente de rapprocher mon œuvre du corps. N’étant pas lisses et évoluant avec le temps, ces œuvres vivent.
Mon travail s’articule en trois grands ensembles de sujets centrés sur les membres, la peau et l’intérieur du corps.

 

La beauté du geste.

Mon travail sur les membres traite essentiellement de la gestuelle, qui nous rappelle que le corps est un moyen d’expression en soi, capable de montrer de l’amour, de la crainte, etc. Le corps est aussi récepteur de signaux et nous permet d’être au monde. Cette possibilité expressive du corps est notamment mise en valeur dans mon œuvre par l’utilisation du langage des signes et par la diversité des gestes représentés.  Ces mains tendues vers nous et qui veulent nous passer un message, ces pieds qui s’envolent ne sont pas des simples représentations, ils s’expriment, nous délivrent un message et nous pousse à nous interroger notamment sur la valeur actuelle que nous donnons au corps, lui qui est trop souvent emprisonné dans une invisible géométrie.

« Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme c’est la peau » Paul Valery, l’Idée fixe.

La peau a le mystère profond de la surface. Elle est un élément déterminant de notre identité. Elle est la limite du corps et joue donc un rôle métaphysique essentiel pour la prise de conscience de soi. Elle peut aussi être notre signature avec par exemple les empreintes digitales. Le tégument nous protège des agressions extérieures. Un écorché vif ne peut avoir aucun contact avec le monde extérieur, la moindre poussière l’agresse. La peau est aussi un récepteur de sensations par l’effleurement, le contact, la pression, la chaleur, le froid… Mais elle peut également être bavarde de par ses couleurs, sa température, ses frémissements ou encore par les séquelles de notre passé qu’elle retient et qui offrent un pan de notre histoire. Toutefois, l’épiderme est aussi un symbole, celui de l’apparence, des jugements portés trop rapidement, des préjugés. Ainsi, en réponse à la pression esthétique de la société, existe trop souvent la volonté de polir la peau. En conséquence, elle devient trop souvent un masque et perd sa capacité d’expression. Par mon travail,  je souhaite donner de la profondeur à notre enveloppe corporelle, lui rendre son relief et sa capacité identitaire
.

L’abîme est en moi.

Mon travail sur notre intérieur porte un intérêt plus particulier aux cellules et aux organes. Il se fait à partir des références venant de travaux biologiques, d’images d’observations au microscope et d’IRM. Je souhaite au travers de ces travaux révéler un univers caché, un monde qui nous échappe mais aussi souvent un espace que nous refusons de voir par détachement personnel mais aussi par dégoût. En effet, l’homme n’a pas connaissance de sa profondeur, l’abîme est en moi et je l’ignore. Ce qui est littéralement notre intimité (étymologiquement intime vient du latin intus qui signifie dedans / à l’intérieur) nous est ignoré. En effet, les représentations actuelles de l’intérieur du corps humain et de ces cellules, qui semblent avoir permis d’accéder au vieux rêve du corps transparent, sont la plupart du temps scientifiques, médicales, c’est-à-dire purement techniques. L’imagerie scientifique est amenée à nous donner une partie du réel invisible sans elle. Elle devient ainsi seule garante de cette réalité d’autant plus qu’elle est couverte par la confiance qu’on accorde d’emblée à ce qui est scientifique. Pourtant elle n’est pas la réalité. En effet, l’imagerie médicale actuelle (IRM par exemple) est soumise à des conventions très strictes visant à la reproductivité de l’image, limitant ainsi les formes de la représentation.  De plus, comprendre le code des fausses couleurs d’une IRM ou interpréter une échographie sont des affaires de spécialistes. Enfin, ce type d’image reste une image comme les autres. C’est-à-dire construite, partielle et dépendante du discours qui l’accompagne. Ainsi cet espace inconnu qui vit en nous ne peut pas n’avoir qu’une représentation limitée à l’imagerie médicale. Il doit être un objet de création artistique, un sujet esthétique. Cet intime nous appartient et un autre discours à son sujet est possible. Ainsi mon travail vise à le ré-enchanter, à contourner le dégoût qu’il peut provoquer pour faciliter son appropriation par tout un chacun et favoriser la réflexion sur une part de nous-mêmes qui est la plupart du temps cachée par les apparences. Beauté, magie et fragilité de notre intérieur. Imaginons un autre univers, le nôtre.